Le bon goût est ce qui est reconnu, admis, cultivé — le goût des connaisseurs, du musée, de l'homme cultivé. C'est un chemin : la trace des autres, ce qu'ils ont approuvé. Adopter le bon goût, c'est adopter le goût de quelqu'un d'autre.
Le seul goût qui compte, c'est le vôtre, mais pas dans le sens « ce qui vous plaît ». Considérez votre goût comme un instrument, un révélateur qui ne se trompe jamais. C'est un symptôme de votre état : si vous êtes malade, votre goût est malade lui aussi. Votre goût ne vous garantit pas d'avoir raison. Il vous indique simplement de quoi vous êtes fait.
Lorsque vous vous retournez pour regarder votre sillage, si vous ne voulez pas revivre ce que vous voyez, ce n'est pas l'instrument qu'il faut changer, mais ce qui l'a formé.
Et cela ne se change pas en apprenant ce qu'il faut aimer : c'est ainsi qu'on adopte le goût d'un autre. Cela se forme ailleurs — au contact de ce qui résiste, des œuvres, des lieux, des gens, des idées — et dans le respect de ses refus : ce qui se digère mal se digère mal, même si tout le monde le célèbre, et l'inverse aussi.
Le raffinement, c'est la propreté : la capacité à ne pas supporter ce qui salit, y compris quand cela porte un nom prestigieux.