Nietzsche et la lecture
Dans plusieurs de ses livres, Nietzsche parle de lecture. Pour lui, le plus important, c'est d'assimiler plutôt que de stocker. Quelques idées que j'ai retenues :
- Nietzsche se dit maître de lecture lente. Il lit lentement, en profondeur, et avec des arrière-pensées.
- Il attend de ses lecteurs qu'ils ruminent les pensées, qu'ils les interprètent, qu'ils les fassent siennes.
- Dans les périodes de travail, Nietzsche n'a aucun livre près de lui, pour ne pas laisser les pensées des autres polluer la sienne.
- La lecture est chez lui un délassement — il lit pour se reposer de lui-même — et un danger dès qu'elle devient un régime permanent.
- Nietzsche conseille de rester assis le moins possible et de n'accorder foi à aucune pensée qui n'ait pris naissance en plein air. La vie sédentaire est le véritable péché contre l'esprit. Une pensée à laquelle on n'est pas venu en marchant est suspecte par sa provenance.
- Il décrit l'homme moderne comme un serpent qui a avalé un lapin : gorgé de connaissances indigestes, qui roulent en lui sans devenir chair. Pour lui, la force plastique est la capacité d'un organisme à transformer, incorporer, cicatriser, refaire du sien avec de l'étranger. Elle diffère selon les hommes, et c'est elle, pas l'appétit, qui fixe la dose.
- Le savoir ne vaut qu'au service de la vie. Détaché du besoin, il est ornement, et l'ornement paralyse.
- L'oubli n'inquiète pas Nietzsche : il en fait une faculté active, pas une défaillance. Un système qui retient tout annule le filtre. L'idée qui compte, c'est celle qu'on peut réécrire sans rouvrir le livre, dans sa propre formulation.
- Le savant qui feuillette deux cents ouvrages par jour ? Il ne pense plus, il réagit ; s'il ne feuillette pas, il ne pense pas.