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Gérer ses contacts professionnels dans un tableur : où ça tient, où ça casse

5 min de lectureKeepsake

La plupart des gens qui suivent leurs contacts sérieusement ont commencé par un tableur. Une colonne prénom, une colonne nom, l'entreprise, l'email, le téléphone. Puis une colonne « dernier contact ». Puis une colonne « notes », qui devient très vite la plus large de toutes.

C'est un bon choix de départ, et il faut le dire clairement : un tableur ne coûte rien, s'ouvre partout, se sauvegarde tout seul, et personne n'a besoin d'apprendre à s'en servir. Beaucoup de gens n'auront jamais besoin d'autre chose.

Mais il y a un moment précis où il cède, et ce moment n'est pas celui qu'on imagine.

Ce que le tableur fait mieux que n'importe quel outil

Il faut commencer par là, sinon la comparaison est malhonnête.

Le tableur est imbattable pour lister. Trier trois cents personnes par entreprise, filtrer sur une ville, compter combien de contacts viennent d'un même événement : quinze secondes, sans réfléchir. Aucun outil dédié ne fait ça plus vite.

Il est imbattable pour les données régulières. Si chaque contact a exactement les mêmes cinq attributs, une grille est la représentation juste. Une fiche serait du gaspillage d'espace.

Il ne vous enferme nulle part. Un .csv s'ouvrira encore dans vingt ans. C'est un argument sérieux, et rarement pris au sérieux.

Si votre usage tient dans ces trois lignes, arrêtez ici. Le reste de cet article ne vous concerne pas.

Où ça casse : la colonne « notes »

Le point de rupture est toujours le même, et il est repérable à l'œil nu.

Vous ouvrez votre fichier, et une colonne contient des choses comme :

« Rencontré au salon en mars — cherche un prestataire pour la refonte / relancé en mai, pas de réponse / juin : m'a répondu, projet décalé à la rentrée, rappeler début septembre / sa collègue Sarah gère le budget »

Cette cellule n'est pas une donnée. C'est une histoire tassée dans une case, et elle porte quatre choses différentes : un souvenir, une action passée, un engagement futur, et une deuxième personne.

Le tableur ne casse pas quand il y a trop de lignes. Il casse quand une cellule doit contenir une chronologie.

À partir de là, trois choses cessent de fonctionner en même temps.

1. Vous ne pouvez plus relire

Une conversation avec quelqu'un que vous n'avez pas vu depuis huit mois demande de se rappeler dans l'ordre ce qui s'est passé. Une cellule séparée par des slashs ne se relit pas — il faut la déchiffrer. Et on ne déchiffre pas trente secondes avant un appel.

Le tableur vous donne l'information. Il ne vous donne pas le fil.

2. Les engagements se perdent

« Rappeler début septembre » est enterré au milieu d'une cellule, dans un fichier que vous n'ouvrirez peut-être pas en septembre. Une promesse rangée dans une note n'est pas une promesse suivie : c'est une promesse archivée.

Pour que ça marche, il faudrait une deuxième colonne « prochaine action » et une troisième « date » — et il faudrait les tenir à jour à la main, à chaque échange, pour chaque ligne. C'est exactement le travail que personne ne fait sur la durée.

3. Une personne n'appartient plus à une seule ligne

Sarah gère le budget. Sarah est donc pertinente pour ce contact, mais elle mérite aussi sa propre ligne. Vous la notez deux fois. Puis elle change d'entreprise, et vous ne corrigez qu'un des deux endroits.

Un tableur suppose que chaque ligne est indépendante. Les relations professionnelles ne le sont jamais : elles se recoupent, se recommandent, appartiennent aux mêmes projets. Représenter un réseau dans une grille demande de la dupliquer, et toute duplication finit par diverger.

Le vrai basculement : lister ou se souvenir

La question n'est pas « combien de contacts avez-vous ». Elle est : qu'attendez-vous de votre fichier au moment où vous l'ouvrez ?

Si vous l'ouvrez pour trouver — un email, un numéro, la liste des gens d'une ville — le tableur est le bon outil, et il le restera.

Si vous l'ouvrez pour vous souvenir — de quoi vous avez parlé, de ce que vous aviez promis, de qui vous a présenté qui — alors vous ne cherchez plus une ligne, vous cherchez une histoire. Et une grille ne stocke pas d'histoires.

C'est le moment où un outil pensé pour les relations devient utile : non pas parce qu'il a plus de champs, mais parce qu'il inverse l'unité de base. Le tableur pose la ligne comme unité. Un outil de relations pose la personne, avec un fil d'interactions datées en dessous.

Ce que ça change concrètement

Sur une fiche plutôt que sur une ligne, les trois ruptures ci-dessus disparaissent d'elles-mêmes :

  • Chaque échange est une entrée datée. Vous relisez du plus récent au plus ancien, sans déchiffrer. Le fil se construit tout seul, à raison de deux lignes après chaque appel.
  • Un engagement est une tâche, pas une phrase. « Rappeler début septembre » vit dans la liste du 1er septembre, pas dans une cellule que vous devrez penser à rouvrir.
  • Sarah existe une seule fois. Elle est liée au contact et au projet, sans être recopiée. Quand elle change d'entreprise, vous le corrigez à un seul endroit.

Aucun de ces trois points n'est une question de puissance. C'est une question de forme : ce qu'on range dans une grille et ce qu'on range dans un fil.

Faut-il migrer ?

Pas nécessairement, et rarement en une fois.

Le test le plus simple est celui-ci : ouvrez votre fichier et regardez la colonne « notes ». Si elle est plus large que toutes les autres réunies, votre tableur fait déjà un travail pour lequel il n'a pas été conçu. Il le fait bravement, mais il le fait mal, et c'est vous qui compensez à chaque fois que vous le relisez.

Si elle est encore courte, gardez-le. C'est un bon outil, et changer d'outil sans motif est le meilleur moyen de perdre les données qu'on voulait sauver.


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