Prendre des notes de lecture : que faire de vos passages surlignés
Vous finissez un livre. Il est plein de traits de surligneur, de coins pliés, de marques au crayon dans la marge. Vous le refermez avec le sentiment d'avoir travaillé.
Six mois plus tard, quelqu'un vous parle du sujet exact de ce livre. Vous savez que vous avez lu quelque chose là-dessus. Vous savez même que vous l'aviez trouvé important. Mais vous êtes incapable de dire quoi.
Surligner n'est pas prendre des notes. C'est repousser le travail à plus tard — et « plus tard » n'arrive jamais.
Pourquoi le surlignage ne laisse rien
Un trait de surligneur est un geste presque gratuit. Il coûte une demi-seconde, ne demande aucune décision, et procure une satisfaction immédiate : j'ai repéré quelque chose. C'est précisément ce qui le rend inefficace.
Trois raisons, et elles se cumulent.
Le surlignage ne trie pas. Quand marquer un passage ne coûte rien, on en marque beaucoup. Un livre correctement annoté ressort avec quarante, cinquante passages. Or quarante passages, ce n'est plus une sélection : c'est un second livre, un peu plus court, que vous ne relirez pas davantage que le premier.
Le surlignage garde les mots de l'auteur. Tant qu'une idée reste dans la formulation de celui qui l'a écrite, vous ne savez pas si vous l'avez comprise. La reformulation est le seul test honnête : essayez d'écrire un passage avec vos mots et vous découvrirez, parfois, que vous ne l'aviez pas vraiment compris — vous l'aviez simplement trouvé bien dit.
Le surlignage reste dans le livre. C'est le point décisif. Une annotation vit dans l'objet qui l'a produite, rangé sur une étagère ou dans une liseuse. Elle ne croisera jamais la route de vos autres lectures, de vos projets, de vos idées. Elle est classée par contenant, alors que la pensée, elle, se fait par sujet.
Une idée, une fiche
La méthode qui marche est vieille — Locke, Luhmann, Ryan Holiday et quelques milliers d'anonymes en ont chacun leur variante — et tient en une phrase : après la lecture, on transforme les passages retenus en fiches indépendantes, une idée par fiche.
Trois règles suffisent.
1. Une fiche par idée, jamais une fiche par livre
Une fiche « Éloge de l'ombre » qui contient tout ce que vous avez tiré du livre est un résumé, et un résumé se comporte comme le livre : il reste entier, indivisible, attaché à sa source. Vous ne pourrez jamais rapprocher une de ses idées d'une idée venue d'ailleurs.
Découpées, les mêmes notes deviennent mobiles. L'idée sur la lumière indirecte peut rejoindre vos notes sur la photographie ; celle sur l'acceptation de la contrainte peut rejoindre vos notes de psychologie. C'est là que la lecture commence à produire quelque chose : quand deux livres qui ne se connaissent pas se retrouvent côte à côte.
2. Vos mots, sauf quand la formulation est le sujet
La règle par défaut : reformulez. Ce que vous écrivez doit pouvoir se lire dans six mois sans le livre à côté.
L'exception : gardez la citation textuelle quand c'est la manière de dire qui compte — une formule que vous voudrez citer, une définition précise, une phrase dont la beauté fait partie de l'argument. Dans ce cas, la citation seule ne suffit toujours pas : ajoutez une ligne à vous, en dessous. Pourquoi ce passage vous a arrêté. À quoi il se relie. Ce que vous en ferez.
Cette ligne est la fiche. La citation n'en est que l'occasion.
3. Notez la source complètement, tout de suite
Titre, auteur, page, et le nom du traducteur si vous lisez une traduction. Cela paraît excessif au moment où vous l'écrivez, et ce sera exactement ce qui vous manquera le jour où vous citerez la fiche dans un article, une conférence ou un cours.
Faire moins que vous n'avez surligné
Un livre de deux cents pages produit rarement plus de dix ou quinze fiches utiles. Si vous en tirez quarante, vous avez recopié le livre.
La bonne question, passage par passage : « qu'est-ce que ça change à ce que je fais ? » Si la réponse est « rien, mais c'était bien vu », le passage était un plaisir de lecture, pas une note. Laissez-le dans le livre.
Cette sélection est douloureuse, et c'est son intérêt. Le tri est le travail : c'est lui qui transforme une accumulation en connaissance.
Le vrai problème : comment la fiche revient-elle ?
Vous pouvez appliquer les trois règles à la perfection et obtenir malgré tout un cimetière bien rangé. Parce que la question qu'on oublie de se poser n'est pas où ranger cette fiche, mais dans quelle situation je voudrai la retrouver — c'est le même piège que celui qui guette toute méthode de second cerveau.
Trois réponses possibles, et chacune appelle un rangement différent.
« Quand je travaillerai sur ce sujet. » La fiche a besoin d'un thème, pas d'un dossier : beauté, lumière, imperfection. Un thème accepte plusieurs entrées ; un dossier vous force à choisir.
« Quand je repenserai à cet auteur. » Une page au nom de l'auteur rassemble toutes vos lectures de lui, à travers les livres et les années. C'est ce qui vous permet de constater qu'il dit en 1933 ce qu'un autre écrira en 1970.
« Quand je parlerai à telle personne. » Cette réponse-là est la plus mal servie par les outils de notes, et pourtant la plus fréquente dès qu'on lit pour son métier. Une fiche qui vous fait penser à un client, à un ami, à quelqu'un que vous devez revoir devrait s'attacher à cette personne — et réapparaître d'elle-même le jour où vous préparez le rendez-vous.
Dans Keepsake, ces trois rattachements sont le même geste : vous écrivez #lumière# pour le thème, [[Junichirô Tanizaki]] pour l'auteur, @Claire@ pour la personne, et la fiche apparaît aux trois endroits sans jamais être dupliquée. Une fiche peut appartenir à plusieurs mondes — c'est précisément ce qu'un dossier interdit.
Une page par livre, une fiche par idée
En pratique, la structure la plus simple tient en deux niveaux.
Une page pour le livre — « Éloge de l'ombre — Junichirô Tanizaki » — qui rassemble toutes les fiches qui en viennent. Sa description accueille ce que vous en gardez : dix lignes dans vos mots, écrites une fois le dépouillement terminé. C'est le seul texte que vous rouvrirez vraiment dans deux ans, et sa rédaction vous apprendra ce que vous avez retenu.
Une fiche par idée, liée à cette page, et taguée avec un ou deux thèmes. Rien de plus. Pas de sous-catégories, pas de système de notation, pas de champ « importance » : ces raffinements coûtent du temps à l'entrée et n'aident jamais à la sortie.
Quand le livre est dépouillé et son article écrit, la page se classe. Elle garde tout et sort de vos listes actives : vous ne portez plus vos lectures terminées à chaque fois que vous ouvrez votre outil.
Le test des six mois
Il n'y a qu'une manière de savoir si votre système de notes de lecture fonctionne, et elle est brutale.
Dans six mois, vous écrirez quelque chose — un article, une présentation, une lettre, un cours. Comptez combien de vos fiches y entrent.
Si la réponse est zéro, le problème n'est ni votre discipline ni votre application : c'est que vos fiches ne sont rattachées à rien. Elles attendent que vous vous souveniez d'elles, ce qui était précisément le travail que vous vouliez leur confier.
Keepsake garde vos notes, vos projets et vos relations au même endroit — pour que ce que vous lisez revienne au moment où ça sert. Essayez gratuitement pendant 30 jours.